Après avoir rendu hommage mardi dernier à Clémenceau, dit le « Tigre », devant le monument aux morts de Fontaine, nous allons cette fois à la traque au tigre qui, depuis quelques jours, défraie la chronique. Il aurait été aperçu du côté de Talant. C’est donc là que nous allons.

Au 18ème siècle, la Bourgogne est un lieu privilégié d'attaques d'animaux féroces dont la description est souvent celle d’un tigre. On raconte qu'à Talant, « la Bête » pénètre en plein jour dans le village pour se saisir d'un enfant devant la porte de sa nourrice. La nourrice intervient, saisit l'enfant par une jambe, mais seul le bras lui reste dans la main et « la Bête » se sauve avec sa proie. De quoi dissuader nos marcheurs nordiques d’aller traquer le tigre ? « Même pas peur » ! Les pointes de leurs bâtons sont bien affûtées et Odile est même volontaire pour servir d’appât. Ils chasseront même « au cul levé » comme disent les chasseurs, c’est à dire sans chien.  

Nous partons depuis le gymnase Marie-Thérèse Eyquem où. Jean-Luc, qui a longtemps marqué de son empreinte le terrain de handball, se revoit quelques années en arrière, avec une certaine nostalgie. Le temps est incertain avec un léger brouillard. Le poncho chinois de Jean-Pierre et mon vêtement de pluie de l’Ultramarin sont prêts à sortir des sacs à dos et Laurence a mis les guêtres. Nous partons avec un léger brouillard mais, rapidement, le ciel s’éclaircit.

Nous passons près de la « Fontaine aux fées » qui abrite crapauds accoucheurs, salamandres et tritons. Au temps des gaulois, parait-il, des druidesses rendaient des oracles à cette fontaine. Le Moyen Age transforma les druidesses en fées avant d’en faire des sorcières célébrant le sabbat et autres pratiques rituelles. Les fées sont aussi discrètes en ce lieu que la vouivre de la Combe à la Serpent et nous ne verront point. A moins qu'aujourd’hui, les fées ou sorcières - « sorcières bien-aimées » bien évidemment - ce soit nos charmantes marcheuses, Laurence et Odile ?

Au-dessus du lac Kir d'où nous ne verrons pas le Mont Blanc, une photo souvenir s’impose devant le panorama offert. La brume s'estompe et une « culotte de gendarme », petit coin de ciel bleu, apparait soudain nous permettant d’admirer, sous le soleil, le superbe clocher octogonal de Plombière les Dijon aux tuiles vernissées. Le ciel d'automne, chargé de mille couleurs, est magnifique et ferait sûrement la joie d'un peintre.

Ah, j’oubliais la chasse... Les dernières nouvelles laissent penser qu’en guise de tigre, il ne s’agirait en fait que d’un gros chat. Nous arrêtons donc notre traque.

Nous sommes, comme Philae sur la comète Tchouri, « un pied en l'air et deux pieds sur le sol », pleins d’enthousiasme. Jean-Luc et Jean- Emmanuel tenteront même carrément un « deux pieds en l’air » avec des vols planés pas vraiment programmés et, fort heureusement, sans gravité.

Attention, « Big Brother is watching you! » prévient Michel.... En effet, le radar tronçon de la LINo (Liaison Nord de Dijon) au-dessus de laquelle nous passons, nous contraint à réduire notre vitesse. Les bonnes petites grimpettes se chargent, elles aussi, de calmer nos ardeurs.

 «Qui voit Talant n’est pas dedans» dit un dicton local. Voici pourtant de nouveau Talant et on est bien « dedans ». Je veux parler du brouillard qui est revenu. Il semblerait que cette devise «Qui voit Talant n’est pas dedans» soit due à la situation de la forteresse de Talant qui fut souvent le gîte de Philippe le Hardi et détruite plus tard sur ordre d’Henri IV.  

Voilà une très belle marche, inédite, à deux pas de Dijon qui se termine. Chacun se dit que ce sera à refaire par beau temps pour voir le Jura et le Mont Blanc ou, simplement, pour écouter le chant du geai des chênes, du bruant zizi ou de l’alouette lulu, au milieu des églantiers et des pruniers de Sainte Lucie.

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