« Demat Breizh ! », bonjour la Bretagne ! Me voici, pour la troisième année consécutive, à l’Ultramarin de Vannes dans ce magnifique golfe du Morbihan, pour « LA » marche nordique que je ne veux rater sous aucun prétexte.

Arradon, samedi matin 11h. Sans être aussi grandiose que pour le départ du Grand Raid, l’ambiance n’en n’est pas moins animée avec plus de 900 concurrents qui s’apprêtent à faire les 28 km.

P1010699Isabelle et Franky de SO Calais sont concentrés. Patrick parait en forme. Il me semble qu’il pourrait bien nous faire un coup le Pat’One, aujourd’hui....

En 2013, le départ d’Arradon était suivi de suite d’une épingle à cheveu et d'une belle cohue. Je ne vous dis pas le nombre de coups de « penn bazh » (1) que j’ai reçus dans les guiboles. Cette fois, le départ est organisé en ligne droite, sur le stade, avec des sas. Je me place dans le sas des « moins de 4h15 », espérant tenir une moyenne de 6,5 km/h pendant les 28 km.

Prudemment, j’ai prévu deux litres d’eau dans mon camel-back, compte tenu des 30 degrés annoncés.

13 heures. Départ du premier sas (moins de 3h15). J’aperçois Patrick qui se place en bonne position avec son pote Alain dès les premières foulées.  Quatre minutes plus tard, c’est le tour des moins de 4h15 et, « gast !» (2)  je trouve que « ça tarz ! »(3). Certains marcheurs ont tenu à mettre leurs « pads »  (4). Le hic, c’est que les embouts en caoutchouc, ça a plutôt tendance à s’échapper et je vois de nombreux marcheurs courir à contresens, tentant de rattraper leurs fugitifs embouts...

13h15 « Madoué béniguette ! » (5) que de monde autour de moi ! J’aurais dû partir dans le premier sas, il y aurait moins de monde.  « Ha Koc’h ! »(6), voilà qu’un marcheur de 120 kilos vient de se casser la figure juste devant moi. Je l’évite de justesse, mais le lourdaud vient s’échoir sur les fines jambes d’une frêle jeune fille et crac, il lui casse un « penn bazh » (1). Le lourdaud, confus, s’excuse et propose à la gazelle de lui prêter... un bâton ! Il mesure 1,90 et la dame fait tout au plus 1,60 m...Ca va faire un peu dahu !

13h20. « Malloz doue ! » (7), voilà que, juste derrière moi cette fois, une matrone  se prend à son tour les pieds dans ses bâtons. Je décide d’accélérer et de me frayer un chemin pour m’écarter de ces pékins qui marchent « à la dreuz » (8) 

13h30. Peu avant la pointe du Gréo, je rattrape un ardéchois, Michel, qui s’apprête à prendre sa besace et son bourdon pour faire Saint Jacques de Compostelle au départ du Puy en Velay. Beau projet... Michel me donne des tuyaux au cas où je serais tenté, un jour : poids et type du sac, marque des chaussettes et des chaussures, logement... Mais Michel s’économise et je remets du charbon en lui souhaitant un bon pèlerinage. « Kénavo » Michel !

14h. La pointe du Gréo est dépassée et l’ile aux Moines apparait. Cette fois, c’est Caroline de Châtellerault qui se porte à ma hauteur, s’enquérant de ma condition physique. Elle est bavarde, Caroline. J’apprends qu’elle a connu des épreuves très pénibles mais que 35 ans de basket lui ont appris à rebondir...Elle marche bien et l’allure me convient parfaitement.

Alors que j’évoque ma Charente natale avec Caroline sur le Chemin des Douaniers, surgit un Charentais dans mon dos. Nersac, Fléac, Jarnac, Rouillac, tu connais ? Bien sûr... Mais il est pressé le Cagouillard et je ne peux pas le suivre.

15h. Je suis face à Port Anna, ce petit port de pêche où des « sinago » (9) , dansent sur la mer. Il fait toujours très chaud, malgré l’air du large. Un marcheur est allongé, en position de sécurité. Malaise ? Coup de chaleur ? Je ne m’attarde pas, il n’est pas seul et les secours sont en route.

15h15. Je me dis que Patrick doit avoir terminé alors qu’il me reste encore près d’une heure à marcher. Je m’accroche alors à un « Train Bleu », trois filles en tee-shirt bleu qui ont une bonne cadence. Elles vont m’emmener jusqu’à Vannes, c'est sûr ! Elles sont de Carhaix dans le Finistère et elles me confient qu’elles ont un coach qui est champion du monde de triathlon. l n’y a pas que des Vieilles Charrues à Carhaix...! Mais, soudain, le Train Bleu s’arrête. L'un des collègues des filles est pris de crampes. Il ne peut plus ni marcher ni s’asseoir. Je me retrouve seul pour terminer.

16h30. Presqu’île de Conleau. Superbe endroit. Deux organisateurs nous encouragent, les pieds dans l’eau, imitant les nombreux baigneurs et touristes en maillot de bain. La dernière ligne droite me parait bien longue, d’autant que mon « Train Bleu » n’est plus là. Mais voici Thierry que je rattrape. Un bel exemple aussi, Thierry. Il a vaincu un cancer et prend sa revanche aujourd’hui avec cette marche. Il a d’autres projets de marches nordiques en tête et il en veut, Thierry. Il a monté une association de lutte contre le cancer. Nous irons pratiquement jusqu’à la ligne d’arrivée ensemble.

17h13. Je termine cette marche avec un objectif tenu (4h13). Patrick fait une très belle performance : deuxième en 3h01mn51 à une minute de Christian Coudert et devant Michel Casassus et Alain Mens. Isabelle et Franky ont fait 3h32. Isa a les orteils un peu amochés. Pendant ce temps, André Le Beux, le vétéran, 84 ans, (10) est probablement en train de courir sur les « ribines »  (11) du Grand Raid... Caroline va retrouver le basket à Châtellerault, Michel va préparer Saint Jacques dans l’Ardèche, le « Train Bleu » de Carhaix va retrouver son coach champion du monde et Thierry va continuer de s’occuper de son association de lutte contre le cancer. Allons vite nous préparer pour la remise des médailles puis pour fêter la belle performance de Patrick à la « Table de Jeanne ». On ira ensuite encourager les concurrents du 56  et du 177 sur le port, leur faire des hola et les applaudir chaleureusement. 

Kénavo, Vannes ! A l'année prochaine.

1)      Penn bazh : bâton. Vous vous souvenez peut être de cette chanson « les Bretons Typiques » de Gilles Servat dans laquelle il évoque Marcelin (ministre de l’intérieur en 1968) et son penn bazh.

2)      Gast ! : équivallent de "putaing !" dans le Sud-Ouest   

3)      Ca tarz : ca va vite.

4)      La municipalité de l’Ile Aux Moines a interdit les bâtons de marche à bouts pointus en 2012. Perros Guirrec également.  

5)      Madoué béniguette : Mon dieu !

6)      Ha Koc’h : Et m.... !

7)      Malloz doue ! : B... de m.... !

8)      A la dreuz : n’importe comment.

9)      Sinagos : petites embarcations à voile rouge et à la coque noire,

10)   André le Beux : 177 km en 37h 58mn 15s. Il a découvert la marche à pied à 66 ans. Il y a quelques années, il est resté coincé sous son tracteur pendant plus de cinq heures, et, un peu plus tard, il a fait une chute de 6 mètres, en tombant d’un arbre. Fractures des jambes, fractures des cervicales, des côtes...Mais il est toujours là!

11)   Ribines : chemins, sentiers.

 

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