Les « Burgundy Nordic Walkers » font leur rentrée automnale. Comme disent nos cousins québécois, il a plu « à boire debout » ces jours derniers en Bourgogne, et les chemins alentours sont bien « gaugés ». Nous nous replions donc sur les chemins propres et larges de la Combe à la Serpent.

Christiane, récemment convertie à la marche nordique, a rejoint notre groupe. Elle a bénéficié d’une formation accélérée donnée par Patrick la semaine dernière. Mes LEKI PLATINIUM 100% Carbone avec gantelets aux doigts coupés paraissent adaptés à sa taille. Ca va le faire.

patrimoine chiant

Jean Emmanuel poursuit la formation de la nouvelle recrue, en rappelant les notions fondamentales de la marche nordique : synchronisation bras jambes, posture, double rotation,  grands pas (facile pour lui !), poussée maximale sur les bâtons.... Il tente même de convaincre Christiane, de marcher comme à l’armée ! « Le seul problème, lui dit Christiane, c’est que je n’ai pas fait l’armée, moi… ». Allez, mets ça dans ta pipe, Jeb !

Nous passons rapidement devant la ferme de Giron. Si jamais le sympathique (mais bavard) producteur de céréales sort de chez lui, nous aurons droit, c’est sûr, à un cours sur la fertilisation azotée, la nutrition carbonée, les sélections variétales et les taux de protéines des divers blés bourguignons... Nous devrons  peut-être même, en cette journée du patrimoine,  aller voir le  « Mc Cormick » de 1964,  l’antique « Farmall » à essence de 1954 du grand-père et la charrue Brabant de l‘arrière-grand-père.  Ce ne serait pas inintéressant mais Paulo ne serait peut-être pas à l’heure à son boulot. Ouf, on est passé sans qu’il nous voie…

Nous prenons le circuit du Faucon, mais évitons le chemin du rucher (1), laissant les abeilles faire le buzz.  Nous n’irons pas saluer non plus le mouflon corse et les daims mouchetés du parc à daims... Pas le temps non plus d’aller se recueillir devant la stèle du « mémorial des aviateurs » (2), bien que passant à proximité. C’est là  qu’un Super Goliath s’est écrasé en 1930, malgré le puissant phare terrestre du Mont Afrique (3).

Nous apercevons très bien,  par contre, le meurger(4) couronné de lauses en épis et la « cabiote » (5) qui entourent ce mémorial.

Le rythme est plutôt « cool ». « Qui va piano va sono », c’est le début de l’année. On n’est pas à l’Infernal Vosgien ni à l’Ultramarin du Morbihan! Et puis ne décourageons pas notre nouvelle recrue, même si nous pouvons parier qu’elle sera probablement vite dans le coup. Ah, j’oubliais : la Vouivre (6), cette mystèrieuse femme serpent… Elle fait partie du patrimoine local, elle aussi. Elle set sûrement dans les parages. 

Deuxième passage devant la ferme de Giron…Aie ! Cette fois, le maître céréalier est là. Il nous reconnaît et il est prêt à engager la conversation. Sa récolte n’a pas été très bonne, nous dit-il, avec la canicule qui a brûle blé, orge, seigle, avoine. Le brave fermier ne nous aura pas trop retardés cette fois ci et il ne sera pas nécessaire que je fasse un mot pour le patron de Paulo.

Nous sommes même bien dans les temps. Jean-Pierre, qui s’est bien remis de la terrifiante côte de Vic, suggère d’effectuer le  tour du fort de la Motte Giron. Jean Emmanuel annonce la couleur : ce sera  « à fond les ballons ». Josiane a prudemment déclaré forfait devant ces abrutis en mal d’adrénaline. Jean Emmanuel et Paulo, qui se sont bien remis de leurs exploits de l’Infernale  la semaine dernière, se lancent dans un impitoyable « mano a mano ». Allez Sergius « accroche ta tuque avec d'la broche … Tiens bon ! »  Je rame évidemment derrière mes deux lièvres sans espoir de les rattraper. Laurence et Jean Pierre résistent aussi et Christiane essaie de ne pas se perdre autour du fort. Le Général Séré de Rivières aurait pourtant apprécié qu’on lui rende hommage en visitant son fort de la Motte Giron, en cette journée du Patrimoine. Mais il faut choisir, entre le tourisme et le sport.

La pluie menace et l’allure, du coup se maintient bien pour rejoindre les voitures.  

Certes, ce n’est pas ainsi qu’il est conseillé de faire les « journées du patrimoine »… Mais les Mc Cormick d'antan, le "mur d'abeilles", le mémorial des aviateurs, les meurgers,  les cadolles et le fort de la Motte Giron, nous nous y sommes déjà attardés, et ça en vaut la peine.  La Vouivre, par contre, nous ne l’avons pas encore rencontrée. Raison de plus pour retourner à la Combe à la Serpent. 

(1)     Ce mur à abeilles en pierres sèches est construit avec des niches d’hivernage destinées à protéger les ruches contre les intempéries et les prédateurs

(2)     En 1930, quatre aviateurs du 22e régiment d'aviation de Chartres ont trouvé la mort ici,  leur appareil lors du crash de leur bombardier Super Goliath.  

(3)     L’idée était de jalonner les grands itinéraires traversant la France par des phares, environs tous les cinquante kilomètres, comparables à ceux qui bordent les côtes maritimes. Dijon a abrité le plus puissant de tous. Par temps clair, le pinceau lumineux du phare du Mont Afrique  « touchait » les villes de Rouen, Bruxelles, Anvers, Turin...

(4)     Meurger, muret

(5)     Cabiote ou cadole

(6)     En Bourgogne, plusieurs récits parlent de la « Vivre », de la  « Vouivre » ou de la « Guivre ». La plupart de ces créatures vivaient dit-on dans des châteaux, comme à  Gémeaux dans le château féodal, ou à Couches, dans le château de Marguerite de Bourgogne.

(7)     Au lendemain de la défaite de 1870,  la place de Dijon est choisie, avec Langres, Besançon, Reims, Laon et La Fére, pour constituer la « deuxième ligne » du système de défense mis au point par le général Séré de Rivière. Entre 1875 à 1883, un ensemble de six forts ceinture l'agglomération dijonnaise : Asnières, Varois, Sennecey, Beauregard, la Motte Giron et Hauteville.