Le rendez-vous de ce matin est situé au pied de l’église romane au toit en lave et au cœur « en cul de four » (1) de Fixey. Tous les regards des marcheurs de « Burgundy Nordic Walking » se portent sur les bâtons flambants neufs « Leki Platinium 100% Carbone » de Christiane, aussi étincelants que les tuiles vernissées rouge et or du clocher carré de l’église. Elle nous a prévenu, Christiane : « Avec des bâtons comme ça, vous allez voir ce que vous allez voir… ». Y a plus de respect pour les anciens…

Shrek_smiling

En route donc en direction des « Cent Marches » de la Combe de Fixin. Après avoir salué la Vierge des Chaumes, cachée derrière les barreaux de son oratoire, direction le petit lavoir pour rendre un hommage bien mérité à « La Mère Denis » (2)

Nous n’entendrons pas le célèbre « Ch’est ben vrai cha !» de la mère Denis, avec son accent du terroir Bourguignon, ni les caquetages et les rires des lavandières, ni les coups de brosses et de battoir... Aucune trace de savon, de suif ou de cendre non plus. Elles n’ont pas dû venir ici depuis quelques années, les belles lavandières.

Mais il a dû en voir et en entendre, ce lavoir… A une époque où les femmes n’ont pas le droit de vote et où le bistrot est réservé aux hommes, le lavoir est « le territoire » des femmes.  Hors de la présence des hommes, on y passe en revue, à haute voix pour couvrir le bruit des battoirs, la vie du village, ses ragots, ses potins, ses secrets d’alcôve dans un langage probablement « imagé » et proverbial. J’imagine même que le battoir a trouvé parfois une autre destination que celle de battre le linge…

Retour sur le grand chemin de la Combe de Fixin vers le Saut du Loup. Une fois la rafraîchissante source karstique (mot à placer au Scrabble) franchie, nous partons à l’assaut des cent marches que ce grognard de Noisot (3) fit tailler dans la roche pour rappeler les Cent Jours. Christiane, qui connaît les falaises aussi bien que le faucon pèlerin (4) qui niche ici, est en tête. Elle veut nous montrer que ses bâtons sont des winners. Ceux des anciens, Pat’One, Jean Emmanuel, Josiane, Jean Pierre, Laurence et moi, misérables bâtons usés par les marches effectuées sur les chemins de France et de Navarre (et même de Teutonie) ont peine à suivre.

Noisot…Ce fervent admirateur de Napoléon voulait être enterré debout, « sabre au clair », face à la statue de son l’empereur, réalisée par son ami Francois Rude. Mais les difficultés rencontrées pour creuser la fosse dans le rocher ne permirent pas de satisfaire cette dernière volonté. Sur les célèbres cents marches, ce n’est pas « sabre au clair » que nous avançons, mais « bâtons en l’air ».

Est-ce un présage ? Comme par hasard, j’entends de ci de là parler de recette de tarte aux quetsches et de cannelés bordelais et autres bonnes choses, et nous entrons dans la Combe Gourmand.

Un peu d’inattention de ma part et nous nous trouvons sur un chemin de débardage et de pièges de toutes sortes. « My Trails » et sa carte IGN embarquée nous tire rapidement de cette situation.

La Combe Laveau nous accueille. Le « mauvais génie », tout vert, pétrifié, que l’on dit irritable et malfaisant, nous attend, impassible. Patrick lui trouve une ressemblance avec Shrek…Le génie ne s'en offense pas. Bah, il n’est pas si malfaisant que ça, le génie…La preuve, nous arrivons sans encombre au pied de l’église Saint Antoine, sans aucune chute à déplorer, ni de marcheur égaré, ni de bâton cassé…

  1. Cul-de-four : voûte en forme de quart de sphère, rappelant la forme du four à pain, utilisée pour couvrir les absides.
  2. Mère Denis : célèbre lavandière des années 80 qui faisait de la pub pour les machines à laver Vedette 
  3. Claude Noisot : officier, grognard, grenadier de la vieille garde impériale de l'empereur Napoléon Ier. Fidèle admirateur de l'empereur il fonde et aménage le Musée Napoléon 1er et le Parc Noisot de Fixin.
  4. Faucon pèlerin : L’oiseau le plus rapide au monde (jusqu’à 180 km/h en piqué). Il y en a quelques uns dans cette combe.