En ce jour des Rameaux, nous voici à Plombière, sur la route de Pasques, et sous le soleil.

Alors que « les Bleus » de l’équipe de France de rugby s’apprêtent à faire « chanter le cuir », face à l’équipe d’Angleterre, nous allons faire « chanter les bâtons » dans une nature en plein éveil.

cornuelles

D’entrée de jeu, après quelques échauffements, nous attaquons l’interminable côte qui longe la voie ferrée. Faisant preuve d’abnégation, « le pack d’avants» de marcheurs BNW « sort les casques à pointe », comme disent les rugbymen.

Heureusement, la descente vers la bucolique combe des Biches est vécue comme « un coup d'éponge magique ». Répit de courte durée : il faut déjà remonter une autre côte. Rassemblant ses efforts, chacun y va à son rythme, « respectant les fondamentaux » de la marche nordique : buste légèrement incliné, petits pas, pieds bien à plat sur la pente, utilisation maximum des bras… Lancé comme un obus, Jean Emmanuel, tel Johny Wilkinson, « se fait la valise vers la terre promise ».

Le regroupement se fait au sommet et c’est la mi-temps. Christiane et moi en profitons pour enlever quelques couches devenues superflues avant de continuer bon train vers la Rente du Fays.

Tiens, voici des champs bien labourés où nous avons vu naguère un beau maïs. Zut, je voulais placer l’expression « le cochon est dans le maïs » qu’affectionnait tant Pierre Albaladejo. Mais il n’y a ni maïs ni cochon et, de toute façon, nous avons la situation bien en main.

Patrick n’arrête pas de regarder fébrilement sa montre. Il aurait bien aimé prendre le départ de l’Ecotrail de Paris, Pat’One. Mais, en guise du Bois de Meudon, il ne traversera que le Bois de Neuvon.  Et au lieu du Parc des Tuileries, il ne verra que la source de la Tuilerie. Perché sur un banc au milieu de chênes sessiles, charmes, primevères et anémones, Jean Emmanuel se remémore ces instants où, assis sur un banc, ses pieds ne touchaient pas encore terre…

« C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ! » Et elle n’est pas finie la foire. Il  nous faut en effet consentir un ultime effort vers la source de la Fontenotte, avant de compter, lors de la « troisième mi-temps », non pas des bouses, mais des « cornuelles ».  

Pour les Rameaux, la tradition, en Charente, veux que l’on mange des « cornuelles », un gâteau plat en forme de triangle et percé d'un trou en son centre. Autrefois, dans mon village de Charente, le jour des Rameaux, les cornuelles, étaient fièrement exhibées avec un brin de rameau passé dans le trou. Et pas question de les manger avant qu’elles ne soient bénies par Monsieur le Curé, sous peine de subir les foudres divines…

Selon d’éminents anthropologues charentais de Villebois la Valette (où se tient la foire de la cornuelle, une fois par an), la  cornuelle remonterait aux fêtes païennes pré-celtiques liées à la fertilité, lors de l'équinoxe de printemps. Les très sérieux docteurs en « cornuellogie » prétendent que ce triangle de pâte évoque le triangle pubien et la fécondité.

Pas question cependant pour l’Eglise de bénir un triangle pubien, fut-il symbole de fécondité, à la messe du dimanche ! L'Église a donc pudiquement christianisé ce symbolisme païen. Pour le clergé,  les trois pointes du triangle de la cornuelle symbolisent le Père, le Fils et le Saint Esprit.

Symbole de fécondité ou de la Sainte Trinité, toujours est-il que les cornuelles seront vite englouties, par des marcheurs affamés. Allez « La balle à l’aile, la vie est belle ! » comme disait Bala.