Philippe le Hardi,  Jacques Bénigne Bossuet, le Prince de Condé, et même le Roi Soleil  ont effectué des pèlerinages à Notre Dame d’Etang, bien avant nous.  Mais, aujourd’hui, ce sera « du lourd » avec une longue marche au départ de Corcelle les Monts et un dénivelé à couper le souffle. 

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Sur le fronton de l’observatoire de Corcelle, l’inscription de Paul Valéry,  « Le temps scintille et le songe est savoir », reste toujours aussi mystérieuse pour les incultes marcheurs BNW que nous sommes. Ce matin, le soleil ne scintille guère à travers l’épais brouillard qui s’est installé et les songes sont plutôt du style « tiendrais-je le coup ? ».

« Brouillard sur les monts, reste à la maison !» disent les habitants de Corcelle les Monts. Mais cet adage,  réservé aux indigènes Corcellois,  ne nous est en aucun cas destiné, déterminés que nous sommes à rendre hommage à la Madone.

Pour ce pèlerinage sans précédent, Frère Jean Emmanuel nous a concocté un beau parcours, alternant chemins blancs et sentiers rocailleux, traversées de champs, belles grimpettes bien raides, suivies de passages tout aussi raides dans des descentes délicates.

La montée des marches au Rucher est une mise en bouche sans problème, vite avalée.  

Les difficultés arrivent crescendo avec une belle descente que je préfère pour ma part négocier prudemment sur le postérieur. Un randonneur harnaché d’un sac à dos d’au moins 25 kilos nous rejoint et s’enquiert de nous apprendre à descendre. Aucun d’entre nous ne suivant ses conseils, le baroudeur, déçu, continue son chemin…Nous le rattraperons et dépasserons très vite en échangeant des encouragements. Mais pas moyen de savoir ce qu’il transporte dans son sac, le bougre !   

Nous quittons bientôt un beau chemin en fonds de combe pour prendre un bout du Jean Sage, ce parcours dit des « Croix blanches » reliant Velars sur Ouche à Pont de Pany (1800 m de dénivelé).

Tiens, cette côte-là, ça me dit quelque chose… Nom d’un chien, c’est « la Ouf ! » Paulo, Christiane et moi l’avons découverte l’an passé et il est impossible de ne pas s’en souvenir, vu sa difficulté. Adieu « Morne plaine, comme une onde qui bout dans une urne trop pleine », comme disait  Victor Hugo…Bienvenue  « Côte inhumaine, comme une bête qui vous ronge les burnes sans peine » comme disait mon grand-père.  Mes bâtons ne suffisent plus pour avancer et me tenir debout. Par moment je me dis que monter à genoux en autoflagellation serait  plus agréable.  Je m’accroche à tout ce qui traine : un arbre, une branche, une racine, un rocher… « L’enfer, c’est les autres » disait Jean Paul Sartre. Non, l’enfer, c’est « la Ouf ! ».  Mais je me rappelle tout à coup cette phrase de Bossuet : « Notre pire ennemi, c’est nous-mêmes !». Il n’a pas dû emprunter « la Ouf » pour son pèlerinage, Jacques Bénigne, mais ça me redonne confiance !

Après d’autres péripéties - y compris un peu de hors-piste pour retrouver un GR un peu caché - et d’autres petites côtes bien cassantes, nous voici enfin au pied de la statue.  Frère Jean Emmanuel a prévu des douceurs sucrées pour reprendre quelques forces. Notre Dame d’Etang est toujours en rénovation mais la statue a retrouvé une belle dorure toute neuve. Sœur Christiane, qui prétend avoir de nombreux péchés à se faire pardonner, se met à prier tout bas pendant que j’essaie de récupérer un peu.

Lors du couronnement de la statue, il y avait vingt-cinq mille personnes parait-il, à peine un peu plus que nous aujourd’hui…

Elle aurait fait des miracles parait-il, la Madonne : guérison de la goutte, de la peste, de la folie, de cécité, enfant mort-né ressuscité, préservation de la ville assaillie par des brigands….Intercédera-t-elle en ma faveur, ce matin ? Car «  j’suis allé que j'peux plus ! » comme on dit chez moi en Charente, même si le  Kit et Kat de Frère Jean Emmanuel m’a fait du bien. En fait, les descentes ont un peu cassé mes jumeaux internes, ratatiné mes gastrocnémiens, et durci mes pauvres quadriceps.

Il reste encore 12 km et il faut y aller… « On n'est quand même pas venus pour beurrer les sandwichs… » comme disait Bernard Blier dans « Les Tontons Flingueurs ». Il y a de la route encore et des montées et des descentes ! Je nettoie un peu mes chaussures à la fontaine Saint Anne située en contrebas. Ce sera toujours quelques grammes de terre en moins à soulever.

Dans les descentes, quelques belles chutes, heureusement sans gravité, seront constatées.  Descendant toujours de la même façon, sur le derrière, au moins suis-je sûr de tomber de moins haut !  

Au bout de 4h30 de marche, nous voici de retour au pied de l’Observatoire. J’ai repris du poil de la bête.  Résultat des courses : 20,6 km et près de 1000 m de dénivelé.  « Faut r'connaître… c'est du brutal ! » comme ils disaient dans « Les Tontons Flingueurs ».